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Christophe Fellay : Improove

Mercredi 30 octobre

    Ce batteur valaisan venu du jazz se signale depuis quelques années par des performances multimédias qui sortent de l'ordinaire. Seul derrière son instrument, il déclenche par ses frappes aussi bien des sons « ordinaires » que des fréquences et des séquences synthétiques gérées par ordinateurs. Ses impulsions rythmiques ordonnent également le light-show. Christophe Fellay se fait le grand administrateur d'une musique réalisée aux confins du rock et du jazz. Sa batterie va partout, sa batterie décide de tout. Son nouveau spectacle « Improove » (contraction d'improvisation et de groove) a été présenté en avant-première au Montreux Jazz Festival.

Fellay

    Un musicien seul sur une scène, des percussions et toute une machinerie informatisée. Le musicien devient le chef d'un ou de plusieurs orchestres, aussi éclectiques que virtuels, qui jouent une musique dont la partition est écrite en temps réel. La machinerie informatique, ainsi domptée et couplée aux percussions, devient une espèce d'instrument mutant qui permet une nouvelle approche de l'agencement des sons et des rythmes.
    La musique qui en résulte a l'énergie électrique du rock et du funk. Les plages improvisées suggèrent des univers proches du jazz et de la musique contemporaine. Les rythmes et les textures sonores sont eux directement inspirés du monde des musiques électroniques.
    En concert, le son semble naître du néant sous les impulsions rythmiques et la gestuelle dansante de l'artiste. La musique devient aussi visuelle lorsque les notes génèrent des images de synthèse en mouvement, projetées comme un décor. Un concert aux couleurs urbaines et au caractère multimédia.

Fellay

    « David Lynch adorerait cette ambiance tendue, presque sombre, quand sur scène Christophe Fellay nous invite à le suivre dans ses voyages hallucinés où chaque spectateur interprète selon ses affinités son mélange allumé de sonorités brutes et de performances électroniques. En plus des sons d'origine de son instrument, l'artiste utilise un système de sampling piloté par des capteurs installés sur les fûts de sa batterie. Des textures musicales qui se télescopent et touchent le spectateur, ou comment créer un langage impulsif et humain avec des machines. »
Le Nouvelliste — 10.08.2000

    « La Folle batterie de Christophe Fellay : Le résultat, entre trip-hop tordu, jazz-rock spatial et musique expérimentale, ne manque pas d'allure. (...) Une musique complexe, aboutie et audacieuse. »
Tribune de Genève —  14.01.2000



Fellay

Fellay, l'esprit frappeur

    Ça commence par un grand vide.
    Des fils, des boîtes, des câbles, un univers d'objets épars ou déposés comme des bagages.
    L'écran de tulle diffuse une lumière inverse.
    Est-ce un atelier ou un tréteau, cette construction provisoire ?

    Les deux musiciens, les deux mécaniciens s'installent à leurs tables d'opération.
    L'application, la méthode, l'absolue nudité de la recherche vous atteint.
    Une obsession qui a trouvé sa forme vivable, vivace.
    C'est un Traité du rythme, une enquête ou un exposé des vertus sonores des instruments, d'abord.
    Tout à coup, la fureur. L'esprit frappeur s'emballe.
    Et il n'y a plus que ça qui compte : le rythme, la pulsation du vivant antérieure au frein de la raison.
    Soudain, le déploiement du grand rythme : le cœur battant dans la poitrine.
    On dirait un forgeron aux enfers.

    En arrière-plan, la contrebasse et un violon sécrètent une toile mélodique qui parcourt le tulle irisé.
    Ce fleuve intense et douloureux est à chaque seconde comme frappé, sculpté par les percussions.
    Quelque chose comme de l'éther solide.

    Fellay procède tel un cuisinier, il frappe, frotte, frôle toutes ces sortes de casseroles qui chantent.
    Les sons mêmes du mot battent encore l'air : batterie.
    À d'autres moments, c'est comme s'il sondait les débris métalliques d'une ville enfouie, d'une carcasse monstrueuse.
    Un archéologue-musicien fouille, au marteau, d'anciennes tombes.

    Nos morts, nos vies y résonnent.
    De ce frisson, nous voici les captifs effrayés et ravis.

Jérôme Meizoz, écrivain, novembre 2001

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