Ce batteur valaisan venu du jazz
se signale depuis quelques années par des performances multimédias qui
sortent de l'ordinaire. Seul derrière son instrument, il déclenche par
ses frappes aussi bien des sons « ordinaires »
que des fréquences et des séquences synthétiques gérées par
ordinateurs. Ses impulsions rythmiques ordonnent également le
light-show. Christophe Fellay se fait le grand administrateur d'une
musique réalisée aux confins du rock et du jazz. Sa batterie va
partout, sa batterie décide de tout. Son nouveau spectacle
« Improove » (contraction d'improvisation et de
groove) a été présenté en avant-première au Montreux Jazz
Festival.

Un musicien seul sur une scène,
des percussions et toute une machinerie informatisée. Le musicien
devient le chef d'un ou de plusieurs orchestres, aussi éclectiques que
virtuels, qui jouent une musique dont la partition est écrite en temps
réel. La machinerie informatique, ainsi domptée et couplée aux percussions,
devient une espèce d'instrument mutant qui permet une nouvelle approche de
l'agencement des sons et des rythmes.
La musique qui en résulte a l'énergie électrique du
rock et du funk. Les plages improvisées suggèrent des univers proches du
jazz et de la musique contemporaine. Les rythmes et les textures sonores
sont eux directement inspirés du monde des musiques électroniques.
En concert, le son semble naître du néant sous les
impulsions rythmiques et la gestuelle dansante de l'artiste. La musique
devient aussi visuelle lorsque les notes génèrent des images de synthèse en
mouvement, projetées comme un décor. Un concert aux couleurs urbaines et au
caractère multimédia.

« David Lynch
adorerait cette ambiance tendue, presque sombre, quand sur scène Christophe
Fellay nous invite à le suivre dans ses voyages hallucinés où chaque
spectateur interprète selon ses affinités son mélange allumé de sonorités
brutes et de performances électroniques. En plus des sons d'origine de son
instrument, l'artiste utilise un système de sampling piloté par des capteurs
installés sur les fûts de sa batterie. Des textures musicales qui se
télescopent et touchent le spectateur, ou comment créer un langage impulsif
et humain avec des machines. »
Le Nouvelliste — 10.08.2000
« La Folle batterie de
Christophe Fellay : Le résultat, entre trip-hop tordu, jazz-rock
spatial et musique expérimentale, ne manque pas d'allure. (...) Une musique
complexe, aboutie et audacieuse. »
Tribune de Genève — 14.01.2000

Fellay, l'esprit frappeur
Ça commence par un grand vide.
Des fils, des boîtes, des câbles, un univers
d'objets épars ou déposés comme des bagages.
L'écran de tulle diffuse une lumière inverse.
Est-ce un atelier ou un tréteau, cette construction
provisoire ?
Les deux musiciens, les deux mécaniciens
s'installent à leurs tables d'opération.
L'application, la méthode, l'absolue nudité de la
recherche vous atteint.
Une obsession qui a trouvé sa forme vivable, vivace.
C'est un Traité du rythme, une enquête ou un
exposé des vertus sonores des instruments, d'abord.
Tout à coup, la fureur. L'esprit frappeur
s'emballe.
Et il n'y a plus que ça qui compte : le rythme,
la pulsation du vivant antérieure au frein de la raison.
Soudain, le déploiement du grand rythme : le
cœur battant dans la poitrine.
On dirait un forgeron aux enfers.
En arrière-plan, la contrebasse et un violon
sécrètent une toile mélodique qui parcourt le tulle irisé.
Ce fleuve intense et douloureux est à chaque seconde
comme frappé, sculpté par les percussions.
Quelque chose comme de l'éther solide.
Fellay procède tel un cuisinier, il frappe, frotte,
frôle toutes ces sortes de casseroles qui chantent.
Les sons mêmes du mot battent encore l'air :
batterie.
À d'autres moments, c'est comme s'il sondait les
débris métalliques d'une ville enfouie, d'une carcasse monstrueuse.
Un archéologue-musicien fouille, au marteau,
d'anciennes tombes.
Nos morts, nos vies y résonnent.
De ce frisson, nous voici les captifs effrayés et
ravis.
Jérôme Meizoz, écrivain, novembre 2001