Poétique de la Machine, François Junod, automatier
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2002
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Né à Ste-Croix en 1959, François Junod y fréquente d'abord l'Ecole technique (section micro-mécanique). Puis, tout en faisant un apprentissage de restaurateur d'automates chez Michel Bertrand à Bullet, il obtient son diplôme à l'Ecole des Beaux-Arts de Lausanne (section dessin et sculpture).

Depuis 1984 François Junod est de retour à Ste-Croix où il conçoit et construit des automates, tout en paraissant doué d'une faculté de création schizophrène : d'une part il travaille sur des sculptures modernes (pour lesquelles il avoue assez volontiers sa prédilection), souvent délirantes ou lyriques, tandis qu'il poursuit en parallèle la tradition des automatiers initiée par les Jaquet-Droz.

Il réalise ainsi avec son équipe nombre de Pierrots écrivains, de filles légères, d'orchestres d'animaux, de poètes ou de musiciens qui viennent trouver leur place non seulement en Suisse mais également au Japon, en Angleterre, aux Etats-Unis, en France, en Italie ou en Espagne. Le tapis volant pour le centenaire des cafés La Semeuse à La Chaux-de-Fonds (présenté ici) compte parmi ses oeuvres traditionnelles les plus récentes.

Si François Junod a principalement tourné son activité vers les androïdes à l'ancienne, dont la demande est aujourd'hui importante (d'autant plus qu'il est devenu un maître incontesté de cet art en voie de disparition), il n'abandonne pas pour autant les automates contemporains. On peut souligner parmi ses oeuvres modernes monumentales : l'ange du CIMA de Ste-Croix, l'homme-marcheur qui orne ce même musée, le buste de la cantatrice à l'Arena de Genève, ou encore la jeune fille et l'oiseau perchés sur la façade du collège du Cheminet à Yverdon-les-Bains, qu'il vient de terminer.

Rouages et miroirs : l'univers de François Junod

Chez les êtres artificiels de François Junod, la poétique de la machine se niche tout d'abord dans leurs éléments fondateurs : engrenages, ressorts ou spirales...

Car, plutôt qu'entretenir l'illusion, il s'agit de mettre l'accent sur ses mécanismes, ainsi que sur l'atelier du facteur d'automates, lieu de " naissance " des simulacres : un univers baroque, extérieurement bien loin de la précision mécanique, fait d'amas de rouages, de membres de plâtre pendus au plafond, de roues à came, de têtes d'animaux grotesques, de scories métalliques, de corps de bronze entremêlés.

Force est alors de constater que l'émotion produite par ses créations ne s'en trouve que renforcée.

En effet, si la réalisation d'un automate dénote clairement une volonté d'emprise technique sur notre milieu, en reproduisant la Nature à l'identique, elle marque également une tentative, forcément vouée à l'échec, de dépasser la matière, de recréer le vivant dans ce qu'il a de plus élusif.

Cette transcendance impossible, cet élan brisé, chargent l'automate d'un manque originel, d'une douleur essentielle, d'une imperfection touchante : il est porteur d'une vie faite d'apparences seulement. Dès lors, l'être artificiel nous renvoie - par ce qui lui fait si cruellement défaut - à la complexité et à l'inaccessibilité de notre propre condition. L'automate laisse entrevoir, par un habile jeu de miroir, ce qui en nous n'est pas reproductible, réductible à la mécanique.

Car, si l'Homme peut parfois être considéré comme une machine devant la complexité de laquelle on se doit d'être admiratif, il se trouve également doté d'un plus insaisissable, un fluide subtil dont l'artiste est ici sur la trace. La poétique de la machine que nous permet de discerner le travail de François Junod, ce n'est donc plus tant celle des automates que la nôtre propre...