Les chemins de traverse de Patrick Woodroffe
Né en 1940, Patrick James Woodroffe n’a pas de formation artistique
académique, mais a étudié les langues et s’est lancé dans
l’enseignement avant de devenir artiste à plein temps en 1972.
Plus qu’un simple illustrateur – ce qu’il a également été –,
Patrick Woodroffe a rédigé plusieurs ouvrages qu’il a mis
en images, dont de nombreux livres pour enfants, toujours dans les domaines
du fantastique, du merveilleux et de la science-fiction. Il a également
travaillé sur plusieurs films, entre autres “ L’Histoire sans fin
2 ” (création des créatures), ainsi que sur ses propres
projets cinématographiques.
Chacune de ses créations frappe d’emblée par sa complexité,
par le souci du détail, la minutie, la patience qui y ont prévalu.
Pour l’observateur, l’œuvre de Patrick Woodroffe impressionne peut-être
avant tout par la maîtrise hors du commun qui en émane.
Si cette virtuosité est extraordinaire en soi, elle permet surtout à l’artiste,
en chantre de ce que certains ont pu appeler le “ réalisme fantastique
”, de créer de toutes pièces des mondes de rêve éveillé,
où celui qui sait écouter peut discerner la mer briser ses
lames sur des roches en apesanteur ou entendre claironner les singuliers
Queeks au nez véritablement en trompette.
Influencé par Bosch, Grünewald et Dalí, Woodroffe
allie la luminosité des peintres flamants aux univers futuristes
et féériques de Roger Dean et d’Arthur Rackham, aux perspectives
décalées de M. C. Escher et aux sombres visions d’Arnold
Böcklin.
La faculté incroyable de Patrick Woodroffe à retranscrire
ses panoramas intérieurs sur sa toile lui permet de faire apparaître
autour de nous, au grand jour, des portes dérobées : ce
sont les passages secrets sur les mondes de l’artiste, les voies détournées
qui nous mènent là où l’homme ordinaire se garde
bien de s’aventurer, dans cette marge où notre univers acquiert
une étrange clarté.
Ses images, transposant la nature, la détournant, pour mieux l’expliciter,
forment des chemins de traverse dont le parcours nous révèle
par instants – comme seule arrive à le faire la fiction – les contours
toujours mouvants de notre réalité...
Patrick Woodroffe : “ L’artiste brode sur la vraie vie en créant
ses petites fictions personnelles. Il utilise ces mystifications non seulement
pour s’amuser ou pour exorciser ses peurs, mais également pour
communiquer avec ses semblables. C’est sa manière de rendre floue
la limite entre son propre paysage mental et le monde extérieur
qu’il a l’impression de partager avec les autres. ”
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